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Sélectionneur, un métier au coeur de la révolution technologique









Depuis des millénaires, l’homme cherche à tirer parti des richesses de la nature et en particulier des espèces végétales. Si l’amélioration des plantes est une longue histoire, elle connaît aujourd’hui une véritable accélération grâce aux biotechnologies. Qui mieux que nos sélectionneurs pouvaient illustrer cette évolution ?

C’est pourquoi nous avons questionné trois générations de sélectionneurs : Michel Baron, 60 ans, Responsable de la veille scientifique ; Thierry Ronsin, 48 ans, Responsable recherche pour les plantes autogames ; et une jeune recrue, Stefan Abel, 31 ans, Sélectionneur colza.

Trois profils différents avec un dénominateur commun : une grande curiosité pour leur métier.

>>> Michel Baron, Thierry Ronsin, vous avez participé à l’évolution de la profession, en quoi consistait votre métier à votre arrivée ?

Michel Baron : Je suis rentré à la recherche Limagrain en 1973. En France, c’était l’époque où le secteur semencier privé prenait son envol, poussé à l’innovation, aux techniques nouvelles, notamment par l’INRA qui en 25 ans avait redressé la productivité de l’agriculture nationale.
Cependant, très vite, nous est apparue la nécessité d’une vision internationale de la sélection : être présent dans le monde, là où la variabilité génétique existe, c’était le début de l’internationalisation de la recherche Limagrain.

Thierry Ronsin : À mon entrée dans la recherche du Groupe Limagrain en 1983, une évolution profonde se profilait, avec de nouvelles techniques issues de la physiologie, de la génétique quantitative et l’arrivée des biotechnologies végétales. Pour moi, jeune sélectionneur, c’était la promesse de nouveaux outils pour mieux caractériser nos plantes et être plus efficace. Michel Baron était le premier à nous encourager à utiliser ces “nouvelles technologies”.
Mais ce bouleversement interroge la société. Je découvre que deux idéologies s’opposent : l’une, rousseauiste, qui magnifie le passé et l’autre, scientiste, qui idéalise les progrès futurs de la science. Au sein même de la communauté des sélectionneurs et des scientifiques, ces deux tendances s’affrontent. Certains sélectionneurs ont le sentiment de voir le coeur de leur métier leur échapper !

>>> Dans les années 2000, comment peut-on qualifier le métier de sélectionneur ?

Michel Baron : Aujourd’hui, le métier de sélectionneur n’est plus l’affaire d’un homme seul au milieu de ses plantes, c’est celle d’une équipe pluridisciplinaire. C’est un chef d’orchestre !

Thierry Ronsin : Il est en effet impossible pour une même personne de maîtriser la totalité des savoirs nécessaires à l’amélioration des plantes. On cherche donc à élargir nos profils de recrutement. Le sélectionneur devient un animateur d’équipes. Il rassemble autour de lui des compétences variées : agronome, phytopathologiste, biométricien, généticien, expert en culture in vitro, industriel.
Les objectifs sont les mêmes. L’agriculture est toujours nourricière, productive, mais elle doit répondre à des attentes sociétales qui ont évolué. Ce qui a profondément changé, c’est l’internationalisation et l’industrialisation de la recherche.

>>> Stefan Abel, vous avez été recruté il y a moins d’un an en tant que sélectionneur, comment voyez-vous ce métier ?

Stefan Abel : C’est un travail de collaboration entre des équipes spécialisées en marquage moléculaire, bioinformatique, production d’haploïdes doublés , évaluation technologique...
L’équipe est internationale, composée de cinq sélectionneurs, répartis sur trois centres de sélection en France, Grande-Bretagne et Allemagne. Mon expertise est différente de mes collègues agronomes. J’ai un doctorat en génétique et j’ai fait ma thèse sur “La fixation de l’hétérosis chez les plantes allopolyploides” (Université de Göttingen, en Allemagne). Nous avons à partager, à apprendre les uns des autres. Ce qui m’a attiré chez Limagrain, c’est d'une part la taille et le caractère international du Groupe ; d'autre part, c’est son statut coopératif et j’attends de lui un soutien sur le long terme. De plus, comme la recherche colza est relativement jeune, c’est très motivant.

>>> Michel Baron, Thierry Ronsin en conclusion, que peut-on retenir sur ce métier ?

Thierry Ronsin : Le métier de sélectionneur est un métier d’avenir, passionnant, en pleine évolution et au coeur d’une grande révolution technologique.

Michel Baron : Ce changement d’échelle de la génétique apporté par les outils d’analyse fine et directe du génome et les possibilités de traitements d’un très grand nombre de données vont permettre d’améliorer l’efficacité de la sélection et d’utiliser véritablement le potentiel de la variabilité génétique, de la biodiversité comme on dit maintenant !
Je suis persuadé que la jeune génération saura créer ces “plantes de demain”, plus performantes et plus efficaces pour notre environnement.